SHAO Société Historique et Archéologique de l\'Orne

Conférence d’Évelyne Tiercelin Samedi 13 avril 2013 Les morts inhabituels dans le bocage normand aux XVII e et XVIIIe siècles


Conférence d’Évelyne Tiercelin 

Samedi  13 avril 2013 

Les morts inhabituels dans le bocage normand aux XVII e  et XVIIIe siècles


Samedi 13 avril la SHAO avait le plaisir de recevoir Évelyne Tiercelin, professeur d’histoire retraitée mais jeune étudiante de l’Université de Caen en M2 sous la direction du professeur Jean-Marc Moriceau.


 
  Evelyne Tiercelin                           Les questions de la salle après la conférence

Son sujet de recherche, concerne la mortalité inhabituelle aux deux derniers siècles de l’Ancien Régime sur un terrain d’investigation qui couvre 28 communes du bocage normand entre Vire, Mortain et Domfront, une douzaine de celles-ci se situant dans l’Orne.

Pour cette étude, Évelyne Tiercelin a compulsé près de 100 000 actes de décès de registres paroissiaux ainsi que de nombreux documents judiciaires en complément.

La mort ordinaire est une mort « préparée ». le mourant attendant patiemment l’entrée au paradis entouré des siens et muni des saints sacrements. Le décès survenu est alors inscrit « normalement » dans les registres paroissiaux par le prêtre. Mais trois types de décès ne rentrent pas dans ce cadre : les actes précisent parfois « mort par dysenterie », « tuée d'un coup de hache », ou  « écrasé sous les roues de sa charrette » ! Cela représente 495 actes, soit 0,5% du total.


Quand la mort ordinaire n’est pas ordinaire

Beaucoup de gens sont « surpris par la mort » et celle-ci est brutale et le plus souvent inexpliquée. De nos jours, on la nomme la mort subite.

La peste est une mort rapide et massive : à Lonlay-l'Abbaye en juillet 1629, on note près de 70 morts alors qu’en moyenne on n’en dénombre que 40 sur une année. la dysenterie, présente surtout en fin d’été, peut être aussi terrible : en 1676, une épidémie mortelle se répand le long de l’Égrenne sur les paroisses de Beauchêne, Lonlay-l’Abbaye, La Haute-chapelle et Rouellé (plus de 50 cas révélés à Lonlay – l’Abbaye en septembre 1676). Les jeunes et surtout les tranches d’âge de la naissance à 9 ans sont les plus vulnérables.

Les nombreux visages de la mort accidentelle

Dans cette catégorie, la cause principale de la mort est la noyade pour la moitié des cas (jeunes enfants surtout), suivis par des écrasement (près d’un cas sur trois – dont de nombreux écrasement par les charrettes), les chutes (toits notamment), puis le feu et la foudre.

L’homicide de l’autre et l’homicide de soi

Peu de cas concernent cette catégorie, une vingtaine, soit 4 % du total des décès inhabituels hors épidémie.

Le suicide est un tabou et dans ce cas les décédés n’ont le droit d’être inhumés comme à l’accoutumé.

Dans cette société rurale, les homicides sur autrui se manifestent plutôt l’été, par des individus jeunes (catégorie des 20-29 ans en priorité) lors des moments de sociabilité comme les sorties au cabaret suivi d’enivrement. La poursuite de l’investigation est parfois possible dans les archives judiciaires comme pour l'assassinat de Guillaume Maillard à Beauchesne en 1758 ou le crime de Lapenty en 1730.

Au final, sur un sujet cependant difficile, la mort, Évelyne Tiercelin nous a offert un détour très agréable dans les siècles de l’Ancien Régime, vers des communautés si lointaines et si proches à la fois…

Patrick BIREE     

En  pleine discussion à la librairie

PROCHAINE CONFERENCE : 

Samedi 11 mai : Alexandra Skilar-Pignet sur les ETRUSQUES




21/04/2013
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